CIVILE CLASSIQUE FRANÇAISE (ARCHITECTURE)


CIVILE CLASSIQUE FRANÇAISE (ARCHITECTURE)
CIVILE CLASSIQUE FRANÇAISE (ARCHITECTURE)

CIVILE CLASSIQUE FRANÇAISE ARCHITECTURE

Alors que l’architecture religieuse de la France du XVIIe siècle suit, dans l’ensemble, les leçons que lui donnent les églises baroques d’outre-monts, l’architecture civile s’engage dans des voies différentes qui aboutissent à l’une des créations majeures de l’histoire de l’art: une architecture classique qui satisfait à deux programmes à peu près étrangers à l’Italie: le château et l’hôtel urbain. Architecture classique en ce sens qu’elle est fondée sur le respect des ordres antiques: ce trait constitue d’ailleurs un caractère permanent de l’art français, qui fait peu de place aux licences du baroque italien. Dès 1632, l’architecte Le Muet publie une Règle des cinq ordres d’architecture et, vers la fin du même siècle, l’Académie d’architecture (fondée en 1671), dont François Blondel est directeur, prône une observation très stricte de ces règles et veille scrupuleusement à ce qu’elles ne soient pas enfreintes.

Bien que les châteaux français eussent perdu leur caractère de maisons fortifiées, ils gardaient quelque souvenir de leur destination militaire. Longtemps un château ne parut complet que s’il était environné de fossés et il fallut attendre 1665 pour que Colbert songeât à combler ceux du quadrangle du Louvre.

Un caractère à peu près constant de cette architecture classique française, au moins dans la partie septentrionale du pays, consiste dans les hauts toits d’ardoise qui coiffent tant les corps de logis que les pavillons. Ils existent déjà au palais du Luxembourg de Salomon De Brosse, élevé de 1615 à 1630, l’un des aïeux du classicisme français, alors que ces dispositions n’existaient point au palais Pitti de Florence, que la reine mère avait donné comme modèle à son architecte. Or c’est seulement avec le second Versailles de Louis Le Vau que ces toits à forte pente seront remplacés par des toits plats; au reste, Le Vau lui-même ne se fait pas faute d’employer parfois les hauts toits d’ardoise, au château de Vaux-le-Vicomte par exemple.

S’il fallait choisir, parmi les architectes, celui qui, durant la première moitié du XVIIe siècle, a le mieux incarné ce que nous nommons le classicisme français, nous choisirions sans doute François Mansart, et, parmi ses créations, outre une aile du château de Blois, le château de Maisons. Cet ouvrage complet, où l’architecte paraît s’être posé le problème de la combinaison des ordres antiques traités très purement, présente de hauts toits à la française accostés, dans les pavillons, de cheminées finement moulurées qui les dépassent souvent en hauteur. Par ailleurs, François Mansart a été le maître des escaliers à volées rectilignes décalées angulairement.

Louis Le Vau, plus jeune que François Mansart d’une quinzaine d’années, est le seul qui puisse rivaliser avec lui dans l’histoire du classicisme français pour l’abondance de son œuvre, si ce n’est pour le raffinement de son style. Le château de Vaux, qu’il construit pour Fouquet et dont les premiers projets remontent à 1655-1656, est pourvu d’un dôme central assez pesant, combiné avec des toits à la française. Dans l’île Saint-Louis, nouvellement urbanisée, il avait été l’un des créateurs de l’hôtel parisien, dont le plus justement célèbre fut l’hôtel Lambert.

Cependant, les œuvres majeures de Louis Le Vau furent, dans la seconde partie du siècle, celles qu’il réalisa pour le cardinal Mazarin au château de Vincennes, et pour le roi au Louvre.

Ce château royal n’avait pas été négligé au début du siècle. À partir de 1624, l’architecte Le Mercier, dont les contemporains raillaient le défaut de génie, avait cependant raccordé assez habilement le pavillon de l’Horloge à l’aile Renaissance de Pierre Lescot. C’est Louis Le Vau qui reçut la tâche de reprendre les travaux du Louvre presque interrompus après les remaniements de Le Mercier. Survinrent alors les tergiversations qui devaient décider du sort du château royal et, en même temps, de celui de l’architecture classique.

Ces tergiversations aboutirent en effet, après que Le Vau eut soumis de nouveaux plans — et tant était grand le préjugé italien —, à la convocation à Paris, en 1665, du Cavalier Bernin, puis, après l’éviction de celui-ci, à la nomination d’une commission, composée de Le Brun, Le Vau et François Mansart qui, décédé, fut remplacé par Claude Perrault, pour établir le projet définitif d’achèvement du Louvre. Ce fut l’origine de la célèbre Colonnade, dont Perrault sut s’attribuer tout le mérite, et qui fut avec sa référence à l’Antiquité, le monument le plus admiré, mais non le plus caractéristique, de la seconde phase du classicisme français. Pour sa part, Le Vau eut Versailles dont le toit plat, qui achève en hauteur la façade démesurée, constitue une concession au style ultramontain, et dont le parc, créé en collaboration avec Le Nôtre, servit de modèle à toute l’Europe.

Pour couronner et poursuivre, au cours de la dernière partie du siècle, le développement de l’architecture française, il s’est trouvé un homme de génie, Jules Hardouin-Mansart, petit-neveu du grand François Mansart, moins soucieux, peut-être, de pureté que manieur de masses et urbaniste. Non seulement il achève avec éclat les ouvrages de ses prédécesseurs pour le roi, et surtout Versailles (bâtiments et parc) élevant le chef-d’œuvre, au demeurant fort peu orthodoxe, du Grand Trianon — où la fantaisie l’emporte sur le classicisme —, mais il couvre le royaume de ses vastes créations urbaines. À Paris, ce sont la place des Victoires et la place Vendôme, qui a commencé par n’être qu’un décor sans épaisseur; en province, l’hôtel de ville d’Arles, la place des États à Dijon. Il n’a point la superstition de la pureté antique. À son agence se forment, en assouplissant son style, en le raffinant, en le réduisant, les architectes français des hôtels du XVIIIe siècle, non sans quelques concessions au baroque.

Cependant, l’architecture classique française, dans sa sévérité, voire dans sa grandeur, retrouvera un dernier éclat — un éclat royal, car le souverain et son entourage y contribueront — au milieu du XVIIIe siècle, avec la place Louis-XV et l’École militaire de Jacques Ange Gabriel, avant l’avènement du néo-classicisme.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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